Intérêt et enjeux du projet

Mère·s (?) est un projet de recherche et de création artistique interrogeant la maternité dans sa pluralité : expérience vécue, désirée, empêchée, choisie ou refusée. À travers une approche  sensible et participative, le projet explore la figure de la Mère comme : archétype culturel et symbolique, fonction sociale et politique, expérience intime et corporelle, identité en transformation.


La maternité constitue un point nodal dans l’existence des femmes, qu’elle soit centrale, périphérique ou absente. Elle agit comme un révélateur des normes sociales, des injonctions, des héritages culturels et des représentations collectives. Dans un contexte où les débats autour de la parentalité, de la charge mentale, du choix de ne pas enfanter, des droits reproductifs et des modèles familiaux traversent la société, ce projet propose un espace de parole et de création qui dépasse les discours binaires.


L’originalité de la démarche repose sur une co-construction avec les participantes, une volonté explicite de proposer une alternative à l’objectification du “modèle” en art, un croisement entre pratiques plastiques, écriture et archives sonores. Les femmes participantes ne sont pas seulement des sujets représentés : elles deviennent interlocutrices, contributrices, et regardantes des œuvres produites.


La finalité du projet est double : une exposition immersive et la publication d’un recueil rassemblant œuvres visuelles et textes.

Origine et ancrage artistique

Humaine, Artiste, Mère: telles sont les identités que je sens profondément m’habiter ces temps-ci.
La maternité est venue bouleverser ma vie par deux fois. Elle a déplacé mes repères, transformé ma manière d’être au monde, mon rapport au temps, au corps et à la création. Lorsque cela est arrivé, l’ordre des mots s’imposait autrement : Mère, Humaine, Artiste.


En tant que femme la question de la maternité apparaît centrale, qu’elle soit vécue, désirée, empêchée, choisie ou refusée. Devenir mère, ne pas le devenir, pouvoir enfanter, ne pas le pouvoir, être une “bonne” mère — ces questions traversent les existences féminines de manière intime et sociale à la fois.


Choisir les femmes comme sujet de recherche artistique est une évidence, quelque chose de viscéral. Le féminin occupe une place essentielle dans ma vie. La sororité est une pratique que je cultive concrètement en facilitant des cercles de femmes: des espaces où l’on parle, où l’on écoute, où l’on crée, où l’on est simplement présente. Ces cercles sont informels, ouverts, parfois composés de proches, parfois d’inconnues. Ils ne relèvent pas d’une activité commerciale, mais d’un engagement bénévole et presque dévotionnel : créer du lien entre femmes, permettre des espaces de parole et de reconnaissance mutuelle.


Cette dimension spirituelle traverse aussi mon existence : ma relation au monde s’inscrit dans une tradition où la figure de la Mère — comme principe créateur, protecteur et transformateur — est centrale.


Mon engagement féministe, mon expérience de la parentalité, ma pratique artistique et ces espaces de rencontre nourrissent un même mouvement : chercher, à travers la question de la maternité — qu’elle soit vécue, désirée, empêchée, choisie ou refusée — comment les femmes habitent leur vie, leur corps, leur histoire, et comment ces vécus peuvent devenir matière artistique.

Démarche artistique

Le projet repose sur un protocole de rencontre déployé sur une année, impliquant douze femmes, à raison d’une participante par mois. Celles-ci pourront être mères ou non-mères.

Chaque collaboration s’organise en trois temps. Une première rencontre, informelle, permet de faire connaissance et de poser le cadre. Une seconde rencontre consiste en un entretien enregistré d’une à deux heures autour des questions liées à la maternité : expérience vécue ou non vécue, archétypes, charge mentale, rapport au corps, grossesse, deuil, choix ou refus d’enfanter, normes et regard social. La participante peut interrompre l’enregistrement à tout moment. 

À partir de cette matière sensible, j’engage un temps de création plastique et textuelle. Les œuvres ne visent pas l’illustration du témoignage mais sa transposition sensible dans un langage abstrait et symbolique. Mon travail s’inscrit dans une pratique majoritairement abstraite où la couleur et le geste occupent une place centrale. La couleur devient espace émotionnel, parfois saturé, parfois traversé de transparences. Le geste laisse apparaître des tensions, élans, ruptures. Les superpositions, effacements et strates traduisent la complexité des expériences évoquées. L’image n’est pas préméditée mais émerge du processus, comme une résonance corporelle de l’écoute.


Une troisième rencontre permet de présenter les œuvres à la participante et d’ouvrir un dialogue critique. Cet échange peut donner lieu à des ajustements ou à de nouveaux développements. Le projet repose sur une relation horizontale fondée sur le consentement éclairé, la possibilité d’anonymat et le droit de retrait. Une attention particulière est portée au respect de l’intimité et à la création d’un espace d’écoute sécurisant.

 

Matière artistique produite

Le projet donnera lieu à la réalisation d’œuvres picturales abstraites mêlant aquarelle, encre, gouache, pastel, dessin et techniques mixtes. Des collages et carnets d’artiste intégreront peinture et fragments textuels. Des textes originaux — poétiques, narratifs ou réflexifs — accompagneront le travail plastique, parfois nourris par les résonances des entretiens. Les enregistrements sonores
constitueront une archive du projet ; certains extraits pourront être diffusés dans le cadre de l’exposition.

Conditions de réalisation

Le projet est ancré sur le territoire lochois et bellilicien, en Indre-et-Loire. L’appel à  participantes sera relayé par les lieux culturels, les réseaux sociaux et les réseaux locaux. Les entretiens se dérouleront dans un espace calme et confidentiel, dans un lieu convenu avec la participante.
La durée totale du projet est de quinze mois, permettant un temps dédié à chaque rencontre, à la recherche, à la maturation plastique et à la préparation finale de l’exposition et du recueil.

Restitution

Le projet aboutira à une exposition immersive réunissant œuvres plastiques, carnets, fragments textuels et dispositif sonore. L’exposition proposera une mise en espace jouant sur les formats, les rythmes et la circulation entre image et voix, afin d’engager le spectateur dans une expérience sensible et immersive. Des lectures publiques pourront accompagner la présentation.
Un recueil édité rassemblera reproductions d’œuvres, textes et fragments d’entretiens. Cette publication constituera une trace pérenne du projet et un prolongement de l’expérience proposée au public.